Deux parcours, une même cour : João Fonseca et Moïse Kouamé, les coqueluches de Roland-Garros 2026

Matthieu Mirville/ZUMA/SIPA Pauline FIGUET/SPP/Shutterstock/SIPA

Un vent de fraîcheur souffle sur le tennis masculin. À Roland-Garros 2026, deux prodiges – l’un Brésilien, l’autre Français – ont fait basculer le tournoi du côté du rêve. L’un vient d’Ipanema, l’autre de Sarcelles. Ensemble, ils ont écrit l’une des plus belles histoires de la quinzaine.

Ils ont à peine dix-neuf ans à eux deux. L’un est Français, l’autre Brésilien. L’un vient d’une cité de banlieue parisienne où cohabitent 80 nationalités. L’autre a grandi dans l’un des clubs les plus fermés d’Amérique du Sud, en bord de mer à Ipanema. Ils ne se sont jamais rencontrés sur un court. Pourtant, Roland-Garros 2026 les a réunis dans la même conversation — celle d’une génération qui est en train de réécrire le tennis mondial.

Les premières balles

Moïse Kouamé a quatre ans et demi quand il tape ses premières balles à Sarcelles, en banlieue nord de Paris, sur les courts en terre battue du Tennis Club Sarcellois. Son frère aîné Michaël lui met une raquette dans les mains. Bernard Joly, son premier entraîneur, se souvient : “J’ai pris le petit Moïse quand il avait 4 ans et demi ou 5 ans. Très rapidement, on l’a changé de groupe, avec des enfants d’un an ou un an et demi plus grands que lui.” Sa mère Cécile, aide-soignante de nuit, finance les premiers entraînements. Les premières balles. Les premiers espoirs.

À Rio de Janeiro, João Franca Guimarães Fonseca a quatre ans quand sa mère Roberta l’emmène sur les courts en terre battue du Rio de Janeiro Country Club – le club le plus sélect d’Ipanema, fondé en 1913, fréquenté par l’élite carioca depuis plus d’un siècle.

Même âge. Même surface. Même passion. Deux mondes.

Deux parcours, une même direction

Moïse quitte Sarcelles à 13 ans pour l’académie de Justine Henin à Louvain-la-Neuve, puis celle de Patrick Mouratoglou sur la Côte d’Azur. Aujourd’hui, c’est Richard Gasquet – lui-même présent à Roland-Garros à 15 ans en 2002 – qui l’entraîne.

João, lui, reste au Brésil jusqu’à ses 18 ans. Numéro 1 mondial junior en 2023, champion du Next Gen ATP Finals 2024, vainqueur à Buenos Aires et Bâle en 2025 – il termine l’année au 24ème rang mondial, cinquième Brésilien de l’histoire à entrer dans le top 25 après Gustavo Kuerten.

Roland-Garros 2026 — la semaine qui change tout

Mardi 27 mai. Court Suzanne-Lenglen. Moïse Kouamé, 318ème mondial, entre sur le court après avoir traversé les qualifications – trois victoires pour mériter sa place dans le tableau principal. Il bat Marin Cilic, puis domine le Paraguayen Daniel Vallejo en cinq heures de jeu. La France découvre un joueur. La France adopte un joueur.

Vendredi 29 mai. Court Philippe-Chatrier. João Fonseca affronte Novak Djokovic — 24 fois vainqueur en Grand Chelem. João perd les deux premiers sets. Le Brésil retient son souffle. Puis quelque chose se passe. Une remontée. 4h53 de jeu. Trois sets à deux. João Fonseca est en huitièmes de finale. Dimanche 31 mai, il bat encore Casper Ruud et file en quarts – son premier quart de finale en Grand Chelem, à 19 ans.

Dès ses 15 ans, à Roland-Garros en 2022, Gustavo Kuerten était déjà dans les tribunes pour l’observer. Ce dimanche, Guga était encore là.

Deux exploits. La même semaine. Le même tournoi. La même terre battue.

Ce que les chiffres ne disent pas

Le ranking dit : Fonseca est au 30ème rang mondial. Kouamé est au 318ème. Sur le papier, ils n’ont pas grand chose en commun.

Mais le tennis ne se raconte pas en chiffres.

Il se raconte dans les yeux d’un enfant de Sarcelles qui glisse sur la terre battue à quatre ans. Dans les mains d’un petit carioca que sa mère emmène au Country Club un matin d’été. Dans le bruit sourd d’une balle frappée fort – trop fort pour l’âge, juste assez pour l’avenir.

Moïse déclare après sa victoire : “Je ne pense pas que j’aurais eu ce niveau de jeu sans le soutien du public.” João, après avoir renversé Djokovic : “À partir de là, c’était foi en moi-même.”

Deux phrases. Deux caractères. Deux manières d’avancer.

La génération qui arrive

Le tennis a longtemps été le sport des élites. Moïse Kouamé ne vient pas de là. Il vient du Grand Ensemble de Sarcelles, des courts publics du Val-d’Oise, d’une famille qui a tout misé sur un rêve. Il est peut-être en passe de devenir le premier joueur de 17 ans à se qualifier pour le Next Gen ATP Finals.

João Fonseca continuera à Wimbledon. Moïse Kouamé devra batailler pour une wild card ou passer par les qualifications. Leurs chemins restent différents. Leurs destins, peut-être, pas tant que ça.

Un vent de fraîcheur souffle sur le tennis masculin. Il vient de partout et il frappe fort.

Des moments qui tracent un futur.