Première rétrospective française de l’artiste argentin, jusqu’au 6 septembre 2026. Quatorze installations monumentales qui transforment le Grand Palais en terrain de jeu onirique — et chaque visiteur en acteur malgré lui.
Au Grand Palais, la réalité n’est plus ce qu’elle était.
Leandro Erlich, artiste argentin né à Buenos Aires en 1973, investit les galeries 9.2, 10.1 et 10.2 du Grand Palais jusqu’au 6 septembre 2026 avec une rétrospective inédite en France — quatorze installations monumentales où maisons, ascenseurs, escaliers et façades urbaines deviennent le théâtre d’une expérience qui bouscule nos certitudes. Après Buenos Aires, Tokyo, Miami, Milan et Helsinki, Paris accueille enfin la première grande rétrospective française de l’un des artistes les plus singuliers de la scène contemporaine mondiale.
On ne regarde pas Erlich. On le traverse.
Ses œuvres ne se contemplent pas — elles s’habitent, se traversent, se questionnent. Port of Reflections (2014) ouvre le parcours : trois bateaux qui semblent flotter sur un lac noir dans l’obscurité. Aucune eau. Un mécanisme caché reproduit le mouvement des vagues avec une précision troublante. On voit ce que l’on croit voir — jusqu’à ce que le doute s’installe.
The View (1997) — deux fenêtres occultées par des stores vénitiens entrouverts. En s’approchant, on aperçoit la façade de l’immeuble d’en face. Des voisins s’habillent, cuisinent, regardent la télévision. Un voyeurisme si manifeste qu’il en devient vertigineux.
Changing Rooms (2008) — des cabines d’essayage élégantes, avec des miroirs sur trois côtés. On entre, on cherche son reflet — et on voit à la place des inconnus dans les cabines voisines. Les miroirs sont des fenêtres. On devient à la fois voyeur et observé.
Elevator Maze (2011) — plusieurs ascenseurs aux portes ouvertes. Certains miroirs sont en réalité des cadres vides. On s’attend à voir son propre reflet. On y voit d’autres personnes. On erre dans un territoire borgésien où le soi devient l’autre.
Bâtiment — l’œuvre qui a tout changé
Le parcours se termine par l’installation la plus connue et la plus aimée d’Erlich : Bâtiment, créée en 2004 pour la Nuit Blanche de Paris — la ville où tout a commencé pour cette œuvre devenue mondiale.
Une façade haussmannienne posée à plat sur le sol, sous un miroir incliné à 45 degrés. En quelques secondes, les visiteurs comprennent. Et grimpent. Ils s’agrippent aux balcons, défient la gravité, se photographient suspendus dans les airs. Des inconnus deviennent complices d’un théâtre collectif imprévisible.
Bâtiment a été présentée dans plus de quinze pays depuis plus de vingt ans. Elle fascine toujours autant les enfants et les adultes, de Londres à Shanghai. Parce que c’est, selon le commissaire Fabrice Bousteau, “une machine à penser”.
Un artiste, une question
Né dans une famille d’architectes à Buenos Aires, nourri dans son adolescence par des centaines de films en VHS — Hitchcock, Coppola, Antonioni, Visconti, Kubrick — Leandro Erlich vit et travaille aujourd’hui entre Paris, Buenos Aires et Montevideo. Il est artiste résident du 21st Century Museum of Contemporary Art de Kanazawa au Japon — distinction rarissime accordée à un artiste vivant. Ses œuvres figurent dans les collections permanentes du Tate Modern à Londres, du Centre Pompidou à Paris et du Museum of Fine Arts à Houston.
Sa question reste la même depuis trente ans : qu’est-ce que la réalité ? Pas comme exercice philosophique abstrait — mais comme expérience physique, immédiate, collective.
« Il est difficile d’expliquer mon travail avec des mots. Il faut vivre l’expérience pour la comprendre. » — Leandro Erlich
Grand Palais, jusqu’au 6 septembre 2026
Galeries 9.2, 10.1 et 10.2 — Entrée Clarence Dillon, Avenue Winston Churchill, 75008 Paris.
Ouvert tous les jours de 10h à 20h, nocturne le vendredi jusqu’à 22h.
Fermeture exceptionnelle le 14 juillet.
Plein tarif : 19€ — Tarif réduit 18-25 ans : 16€.
Réservations : grandpalais.fr